De nouvelles observations du télescope spatial Hubble révèlent un comportement inattendu de la comète interstellaire 3I/ATLAS, dont le halo lumineux s’étend sur plus de 130 000 kilomètres en direction du Soleil. Contrairement aux queues cométaires classiques qui s’éloignent de notre étoile sous l’effet du vent solaire, l’objet céleste présente une configuration déroutante avec une anti-queue qui pointe vers le Soleil, accompagnée de trois mini-jets.
Observées le 14 janvier dernier, ces caractéristiques singulières alimentent un débat scientifique entre ceux qui y voient une comète certes inhabituelle et les partisans d’hypothèses spéculatives. Le 22 janvier prochain, un alignement exceptionnel avec la Terre devrait permettre d’y voir plus clair.
Un ballet céleste aux allures géométriques
Les images capturées par Hubble, une fois traitées par le filtre de gradient rotationnel Larson-Sekanina, dévoilent une architecture unique avec une symétrie tripartite des mini-jets, espacés avec une régularité de 120 degrés. Aucun de ces jets ne se comporte comme prévu pour une comète ordinaire, refusant obstinément de s’échapper dans la direction opposée au Soleil.
L’astrophysicien Avi Loeb, qui suit de près ce visiteur interstellaire depuis sa découverte en juillet 2025, a publié avec Toni Scarmato une analyse qui démontre que cette structure oscille périodiquement de plus ou moins 20 degrés sur une période de 7,1 heures. La valse cosmique suggère une rotation complexe de l’objet, dont le noyau demeure invisible sous son voile lumineux. Pour Loeb, ces anomalies méritent qu’on explore toutes les pistes, y compris les plus inhabituelles.
Un consensus scientifique plus prudent
D’autres astronomes appellent toutefois à la prudence. «3I/Atlas ressemble à une comète, se comporte comme une comète… donc c’est une comète ! » expliquait en novembre dernier, Olivier Hainaut de l’Observatoire européen austral. « Il faut garder à l’esprit que les explications les plus simples reposant sur le moins d’hypothèses possible sont généralement les meilleures », ajoutait l’astronome, faisant référence au rasoir d’Occam, ce principe de parcimonie cher à la démarche scientifique.
Cette position reflète le consensus majoritaire au sein de la communauté astronomique : 3I/ATLAS serait bien une comète interstellaire, certes exceptionnelle par ses caractéristiques, mais dont le comportement peut s’expliquer par des processus naturels liés à sa composition et à son interaction avec le rayonnement solaire.

Un rendez-vous céleste décisif mercredi prochain
Le 22 janvier marquera un rendez-vous astronomique rare. La Terre se trouvera alignée à 0,69 degré près avec la ligne reliant 3I/ATLAS au Soleil, une configuration comparable à celle d’une pleine Lune. Comme l’explique Loeb dans un article co-écrit avec Mauro Barbieri, l’alignement permettra d’observer l’objet et la poussière qui l’entoure dans leur pleine brillance, lorsque la surface réfléchissante sera maximisée depuis notre point de vue terrestre.
Cela devrait permettre aux scientifiques de mesurer avec précision le sursaut de luminosité et la polarisation de l’objet. Les données collectées pourraient enfin éclairer la composition et la taille des fragments propulsés dans cette mystérieuse anti-queue : s’agit-il de fragments de glace capables de résister à l’intense chaleur solaire, de grains de poussière exceptionnellement massifs, ou d’objets plus volumineux que ne le laisserait supposer une fragmentation cométaire classique ?
Les indices d’un voyage de plusieurs milliards d’années
Les observations de l’observatoire spatial SPHEREx ajoutent une dimension fascinante au puzzle. Avant le passage au périhélie en octobre 2025, des fragments glacés ont été détectés autour de 3I/ATLAS. Or, après ce point de passage le plus proche du Soleil, la signature spectrale de la glace s’est volatilisée dans les données de décembre. À sa place sont apparues d’abondantes molécules organiques gazeuses ( méthanol, formaldéhyde, méthane et éthane ) tandis que le taux de production d’eau bondissait d’un facteur vingt.
Pour survivre au bombardement de rayons cosmiques durant un voyage interstellaire ayant potentiellement duré des milliards d’années, ces molécules organiques doivent avoir été enfouies sous une épaisse couche de matériau, d’au moins dix mètres de profondeur. Leur révélation chimique trahisse un périple extraordinaire accompli par l’objet avant de croiser notre système solaire par hasard, emportant avec lui des indices sur la composition de corps célestes formés autour d’une étoile lointaine.











