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Compensation

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La pêche s’inscrit ainsi dans un cycle, celui de la reproduction des poissons, et nous voyons aujourd’hui que les excès de prélèvement et la dégradation des milieux marins mettent ce cycle en danger sans que l’on parvienne à enrayer ce mécanisme [2]. Nous prélevons du carbone de différentes origines, et nous le renvoyons dans la nature, en modifiant les équilibres de son cycle. Souvent, des mécanismes correcteurs sont à l’œuvre, et réduisent les effets d’une déformation trop importante du cycle, mais ce n’est pas systématique, et une action corrective volontaire n’est pas inutile. Par exemple, des constructions vont souvent entraîner l’imperméabilisation de sols, ce qui va modifier le cycle de l’eau. Le ruissellement sera accéléré, avec des risques d’érosion, d’inondation et de sécheresse. Face à cette situation, la sagesse nous conduit à lutter contre l’imperméabilisation, et, à l’aide de moyens artificiels si nécessaire, de chercher à infiltrer l’eau sur place au lieu de la laisser s’écouler.

Ce n’est pas toujours possible, l’ampleur du phénomène, ou la nature du projet, le contexte ne permettent pas toujours de traiter le problème sur place, et il convient alors de réparer les dégâts éventuels. Une des manières de procéder est de compenser la dégradation provoquée. A défaut de pouvoir retenir l’eau sur place, je vais planter des arbres à proximité, de manière à restituer des capacités de retenue d’eau. La compensation est une manière de gérer un déséquilibre que l’on introduit dans un mécanisme, dans un cycle. Il est parfois beaucoup plus facile et plus efficace de compenser que de gérer sur place un problème, et il ne faut pas se priver d’étudier cette option.

C’est ce qui se passe pour le carbone
. Notre économie est basée sur la consommation de carbone. Ce n’est pas un problème quand le carbone provient essentiellement de la biomasse, des cultures, du bois, qui sont totalement intégrés au cycle naturel du carbone. Si les prélèvements restent modérés, l’action humaine ne modifie pas ce cycle, plutôt affecté par des évènements tels que des éruptions volcaniques ou des cycles solaires. En ayant recours au charbon, puis au pétrole et au gaz, nous avons fortement perturbé le cycle du carbone, en mettant en circulation, dans l’atmosphère, d’énormes quantités de carbone stockées dans les profondeurs de la terre. Loin de se corriger tout seul, ce déséquilibre peut s’accentuer par des phénomènes tels que l’affaiblissement du pouvoir réflecteur de la planète, conséquence de la disparition de glaciers, ou la fonte de sols gelés qui dégagent le carbone piégé dans la glace depuis des siècles. Nous pouvons réduire la quantité de carbone que nous envoyons dans le ciel, mais ça prend du temps, et nous continuerons d’en émettre encore pendant quelques dizaines d’années. Il faut donc compenser d’urgence nos émissions de carbone, et introduire cette nécessité dans nos mœurs. Il y a en plus une facilité par rapport aux questions d’écoulement des eaux, évoquées ci-dessus : le gaz carbonique se diffuse dans l’ensemble de l’atmosphère, l’impact qu’il produit est planétaire, ce qui permet de délocaliser la compensation.

Les opérateurs de transports se sont mobilisés. Les sites des voyagistes vous proposent souvent de calculer la quantité de carbone que vous allez émettre en faisant le voyage que vous leur commandez [3], et de la compenser en participant financièrement à une action de stockage de carbone, de type plantation d’arbres. Ces initiatives sont heureuses, encore que pas très satisfaisantes pour la morale. Elles sont en définitive une application d’un principe vertueux-payeur, puisque seules les personnes sensibles à la question du réchauffement climatique et conscientes de leurs responsabilités cotisent volontairement. Il faudrait sans doute que cette compensation devienne obligatoire pour revenir à une règle plus logique, celle du pollueur payeur. Admettons que la formule proposée aujourd’hui est transitoire, qu’elle ouvre la voie à une obligation. Il est d’ailleurs heureux qu’il en soit ainsi, car il faut une période de rodage.

L’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, ADEME, a examiné les dispositifs de compensation ainsi proposés spontanément, 31 au total. Résultat ? Une grande diversité dans les modes de calcul qui permettent de transposer des kilomètres parcourus, et des hectares replantés en CO2. De grands écarts qui auraient pu discréditer le système. Il fallait donc mettre de l’ordre, de manière à consolider l’offre de compensation. L’ADEME a invité tous les acteurs concernés à s’asseoir autour de la table, ce qui a donné naissance à une charte de la compensation. L’objectif est bien d’harmoniser les approches pour apporter des garanties aux généreux donateurs : les réductions d’émissions de CO2 générées par les projets doivent être réelles, vérifiables, additionnelles, permanentes ou garanties et leur traçabilité (…) clairement établie. Un site Internet apporte à ceux qui le souhaitent toutes les informations utiles : www.compensationco2.fr

Compenser dans de bonnes conditions est bien, mais si on peut éviter de devoir compenser, c’est encore mieux. Nous avons un tel défi à relever en matière de réchauffement climatique qu’il faut aller au-delà de la compensation, qui apparaît comme le minimum syndical de l’espèce humaine. C’est ce qui ressort de la charte de la compensation, dont les signataires s’engagent à n’en faire usage qu’après avoir épuisé les différentes manières d’éviter les émissions de carbone. Ne négligeons pas pour autant les actions correctives et les compensations. Il est possible de créer artificiellement de la richesse biologique ou des paysages pour compenser des appauvrissements, sans parler de l’amélioration de nos techniques de valorisation des ressources, pour compenser leur raréfaction. Remplacer de la matière par de la matière grise est un des axes de référence du développement durable, mais cela ne fera que compenser la croissance du nombre des être humains et leurs besoins légitimes de consommation.

[1] Boucle, chronique du 17/03/2006 et n°6 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)
[2] Voir à ce sujet la chronique Grenadier, du 09/11/2006, et n°29 dans Coup de shampoing.
[3] Voir notamment sur ce point la chronique Avion du 28/05/2007

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Dominique Bidou


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