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L'IA économe : Des modèles compacts pour des usines et data centers durables

L’IA économe : Des modèles compacts pour des usines et data centers durables

par La rédaction
19 mars 2025
en Industrie technologie, Technologie

Alors que les modèles d’intelligence artificielle redéfinissent les frontières du possible, leur empreinte écologique interroge. Derrière chaque assistant vocal, chaque générateur de texte ou d’images, se cachent des infrastructures gourmandes en énergie, dont l’expansion menace les objectifs climatiques mondiaux. À Saarbrücken, une équipe de chercheurs dirigée par Wolfgang Maaß, professeur à l’université de Sarre et au Centre allemand de recherche en intelligence artificielle (DFKI), explore des pistes pour concilier innovation technologique et sobriété énergétique. Leur approche, qui mêle compression algorithmique et optimisation des réseaux neuronaux, pourrait réduire jusqu’à 90 % la consommation électrique des systèmes d’IA, tout en démocratisant leur accès aux entreprises de taille modeste.

Points forts
La consommation électrique exponentielle des data centers et des modèles d’IA, menaçant les objectifs climatiques européens.
La réduction de 90 % de la consommation énergétique grâce à la compression algorithmique et à l’optimisation des réseaux neuronaux.
Accès facilité aux PME via des modèles compacts, sans infrastructure coûteuse.
Partenariat avec Stahl Holding Saar qui illustre l’efficacité des modèles légers dans le recyclage de l’acier.

Des data centers sous pression énergétique

Les centres de données, piliers de l’économie numérique, sont au cœur de leur problématique. Selon Bitkom, leur consommation électrique a plus que doublé au cours des dix dernières années en Allemagne, un rythme qui s’accélère avec la montée en puissance de l’IA. Les modèles de langage ou de traitement d’images actuels, entraînés sur des bases de données colossales, exigent des ressources exponentielles. « L’IA est une technologie extrêmement énergivore », souligne Wolfgang Maaß. « Chaque requête, chaque génération de texte ou d’image mobilise des milliers de processeurs, dont le refroidissement alourdit encore la facture énergétique. » Une réalité incompatible avec les ambitions européennes de neutralité carbone d’ici 2050.

Face à ce défi, l’équipe de Maaß propose une rupture méthodologique : adapter les outils d’IA à leurs usages réels plutôt que de chercher à maximiser leur puissance. « Nous développons des modèles plus compacts, conçus pour des tâches spécifiques, sans sacrifier la performance », explique Sabine Janzen, chercheuse senior au DFKI. Leur approche s’appuie notamment sur la distillation des connaissances, une technique inspirée de la pédagogie. Comme un étudiant qui synthétise l’essentiel d’un cours sans relire l’intégralité des manuels, les modèles « élèves » héritent des compétences des modèles « enseignants » tout en éliminant les paramètres superflus. Résultat : une réduction de 90 % de la taille des algorithmes, sans perte d’efficacité. « Les modèles compacts surperforment parfois les systèmes initiaux », précise Sabine Janzen, chercheuse au DFKI.

L’optimisation automatique au service de l’efficience

Une seconde innovation, la recherche d’architecture neuronale (NAS), permet d’aller plus loin. Leur méthode automatisée teste des configurations de réseaux neuronaux pour identifier les structures les plus efficientes. « La NAS élimine le besoin de concevoir manuellement ces réseaux, un processus long et coûteux », ajoute la chercheuse. Appliquée aux modèles de traitement d’images, elle a déjà permis de réduire de 90 % l’empreinte énergétique de systèmes utilisés en sidérurgie.

En collaboration avec Stahl Holding Saar, l’équipe a développé un algorithme de tri des ferrailles, réduisant l’empreinte énergétique de 90 % tout en améliorant la précision. Par ailleurs, un outil de prédiction des coûts et de la consommation énergétique est en cours de finalisation, permettant aux entreprises de planifier les pics de calcul en fonction de l’heure la moins carbonée. « Le modèle compact non seulement consomme moins d’énergie, mais surpasse parfois le système initial en précision », se félicite encore Sabine Janzen.

Outre la compression des modèles, les chercheurs travaillent à démocratiser l’accès à ces technologies. Les petites et moyennes entreprises, souvent exclues des innovations par le coût des infrastructures, pourraient bientôt exploiter des outils sur mesure, hébergés sur des serveurs légers. « Il s’agit de rendre l’IA accessible à tous, sans compromis écologiques », insiste Wolfgang Maaß.

Un volet crucial de leurs travaux concerne également la mesure de l’impact environnemental. « Aujourd’hui, les entreprises peinent à évaluer la consommation énergétique de leurs modèles d’IA », relève Hannah Stein, doctorante impliquée dans le projet. Pour combler leur lacune, l’équipe développe un outil de prédiction des coûts et de l’énergie nécessaires à chaque étape du cycle de vie d’un modèle. Objectif : permettre une planification stratégique, en alignant les pics de calcul sur les heures où l’électricité est la moins carbonée.

Un équilibre entre progrès et responsabilité

Leur démarche s’inscrit dans un contexte où l’Union européenne durcit ses régulations environnementales. En 2022, la Commission a présenté un plan visant à réduire de 40 % la consommation énergétique des data centers d’ici 2030. Les travaux de l’équipe allemande offrent une piste tangible pour atteindre cet objectif, tout en maintenant l’innovation. « L’IA ne doit pas être un frein à la transition écologique, mais un accélérateur », résume Wolfgang Maaß.

Reste que les défis sont multiples. La standardisation des méthodes de mesure, l’adoption par l’industrie ou encore la gestion des compromis entre compression et robustesse des modèles restent à résoudre. Néanmoins, les premiers résultats esquissent une voie pragmatique : une intelligence artificielle plus sobre, plus équitable, et pleinement intégrée aux impératifs climatiques. Une révolution silencieuse, mais aux implications profondes.

Lexique

  1. Distillation des connaissances : Technique de compression des modèles d’IA pour ne retenir que les paramètres essentiels, réduisant leur taille et leur consommation énergétique.
  2. Recherche d’architecture neuronale (NAS) : Méthode automatisée d’optimisation des réseaux neuronaux pour maximiser l’efficience énergétique et les performances.
  3. Terawatt-heure (TWh) : Unité de mesure énergétique équivalant à un milliard de kilowatt-heures, utilisée pour quantifier la consommation des data centers.
  4. Réseaux neuronaux artificiels : Systèmes inspirés du cerveau humain, capables d’apprendre à partir de données massives, mais gourmands en ressources.
  5. Empreinte carbone : Impact environnemental des infrastructures numériques, notamment des data centers et des modèles d’IA.
  6. Modèles compacts : Algorithmes d’IA optimisés pour des tâches spécifiques, alliant faible consommation et haute performance.
  7. Planification énergétique : Outil de prédiction des coûts et de l’énergie nécessaires aux cycles de vie des modèles d’IA, pour une gestion durable.

ESCADE (« Energy-Efficient Large-Scale Artificial Intelligence for Sustainable Data Centers ») est un projet de trois ans doté d’un budget d’environ 5 millions d’euros financé par le ministère fédéral de l’économie et de l’action climatique (BMWK).  Le projet se déroulera jusqu’à la fin du mois d’avril 2026. Le consortium ESCADE est composé de l’équipe de recherche dirigée par Wolfgang Maaß (Université de la Sarre et DFKI), NT Neue Technologie AG, Stahl-Holding-Saar GmbH & Co. KGaA, SEITEC GmbH, l’université de technologie de Dresde, l’université de Bielefeld et l’institut autrichien de recherche appliquée Salzburg Research.

Légende illustration : Vous ne lisez pas toute une bibliothèque pour répondre à une question spécifique. On se concentre plutôt sur les livres qui ont un rapport avec la question posée. C’est l’approche adoptée par les chercheurs Sabine Janzen (à droite) et Hannah Stein (à gauche) pour rendre les modèles d’IA plus efficaces sur le plan énergétique. © Oliver Dietze

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Tags: datacenteria
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Powering artificial intelligence comes with a massive energy bill attached. Professor Wolfgang Maaß and his research team at Saarland University and the German Research Center for Artificial Intelligence (DFKI) want to make AI up to 90% percent more energy efficient. To improve AI’s carbon footprint, the Saarbrücken team is rethinking data centres, large language models and image analysis models – and their research is opening up access to powerful AI models for small and medium-sized companies. From 31 March to 4 April, the researchers will be at this year’s Hannover Messe showcasing their work at the stand of the Federal Ministry for Economic Affairs and Climate Action (Hall 2, Stand A18).

Data centres consume vast quantities of energy. According to Bitkom, the leading industry association in Germany’s digital sector, the electricity requirements to power data centres have more than doubled over the past decade. And with digital transformation only just out of the starting blocks, this trend is really gathering pace. Storing, processing, transmitting and retrieving data takes energy. Artificial intelligence, in particular, is a huge energy guzzler. Globally, multiple terawatt hours are being used to train and run today’s massive AI models. (One terawatt hour is equal to one billion kilowatt hours of electrical energy). Using these models to generate images and texts also consumes vast amounts of energy. As a result, data centres are having to get bigger and bigger, which means they need more and more electricity to power and cool the huge numbers of processors involved, which in turn is causing a massive uptick in their carbon footprint. None of this is helping Europe achieve its goal of net-zero greenhouse gas emissions by 2050. Clearly something has to change.

‘AI can become far more energy efficient. With the right approach, we can make the data centres of the future much more sustainable,’ says Professor Wolfgang Maaß, who conducts research at Saarland University and the German Research Center for Artificial Intelligence (DFKI). In an effort to curb AI's hunger for energy and to conserve resources, his research team is developing leaner, customized AI models. They also want to identify ways that data centres can become more energy smart.

‘By making the models smaller and more efficient, we’re helping to drive sustainability,’ says Dr. Sabine Janzen, a senior research scientist in Wolfgang Maaß's team. ‘Our work is also opening up access to powerful AI models for small and medium-sized businesses, because these smaller, leaner AI models don’t need a large technical infrastructure. This will enable everyone – not just the big players – to leverage this new technology,’ says Janzen.

Today's AI chatbots such as ChatGPT and visual AI models use trillions of parameters and utilize vast datasets to perform their tasks. The amount of energy they consume is correspondingly huge. The researchers in Saarbrücken are developing ways to reduce this energy consumption, without compromising the quality of the output from these leaner AI models. ‘A central element of our work is a technique known as knowledge distillation. It’s a type of compression technique that enables us to make models that are smaller and therefore more energy efficient, but that perform just as well as the larger models,’ explains Sabine Janzen.

The approach used by the research team could be described as follows: When looking for the answer to a specific question, you don’t read an entire library; you focus instead only on those books that are relevant to your question. The researchers in Saarbrücken extract smaller, more focused and more energy-efficient ‘student’ models from larger ‘teacher’ models. By distilling the knowledge needed to perform tasks in a specific area and reducing it to the essentials, they can reduce the size of the data models by up to ninety percent. Model parameters that are not relevant to the area of interest are not touched. ‘In terms of inference speed, i.e. how quickly the model can process input data and produce results, these student models perform at a level comparable to that of the larger teacher models, but require 90% less energy to do so,’ explains Janzen.

By using another automated efficiency technique known as ‘neural architecture search’ (NAS), the team has also achieved some impressive results with visual AI models, i.e. models that process digital image data. ‘Our most recent results show that we can use the NAS method to reduce the size of the models by around ninety percent,’ says Sabine Janzen. In this work, the researchers focus on machine learning with artificial neural networks – a very energy-intensive AI method that can analyse large volumes of data. Artificial neural networks are designed to mimic the human brain. Our brains contain many billions of nerve cells, called neurons, that are connected to each other via trillions of synapses. A synapse is essentially the interface between two neurons across which the two nerve cells communicate with each other. When we learn something new, neurons send electrical signals to each other across synapses, as we continue learning, the same neurons keep firing together and the connections between them get stronger, whereas the connections between inactive neurons become weaker.

Learning processes in artificial neural networks are similar and by feeding these networks large amounts of data, they can be trained to recognize patterns in natural language or in images. But whereas the brain is a master of energy-efficient learning, training a large artificial neural network requires a lot of computing power and a lot of energy. Training an artificial neural network so that it can yield meaningful results also involves a significant amount of human input. Typically, these artificial networks are designed and configured manually, and the many parameters involved are adjusted and optimized by experts until they perform at the required level. This is where the Saarbrücken researchers bring ‘neural architecture search’ (NAS) into play. ‘Instead of designing the neural networks manually, we automate the design optimization process using NAS,’ explains Sabine Janzen. ‘NAS allows us to examine different network architectures and optimize them to create a model that delivers high performance, efficiency and reduced costs.’

To test these compacter AI models in practice, Wolfgang Maaß's team is working together with the steel company Stahl Holding Saar. The aim is to teach the artificial neural networks to sort steel scrap efficiently. In order to produce new steel from scrap steel, producers need scrap of the right quality. Only certain types of scrap can be recycled for the manufacture of high-quality steels. However, the steel scrap that gets delivered to the smelting plant is a mix of all types and has to be sorted. Scrap sorting can be automated, but so far, the AI model is too big to be practical. ‘We have compressed the visual AI sorting model, making it compacter and more energy efficient. In fact, on certain metrics, the smaller model even performs better, making the steel recycling process more efficient,’ says Janzen. Where previously a huge AI model would have required a lot of energy to operate, a small, customized, energy-efficient model is now able to perform the same task.

The researchers start by training their models with the full dataset that contains all the information. They then shrink the AI models using knowledge distillation and specially compiled neural networks so that the models only contain those parameters that are really necessary for the task at hand. In this particular case, the aim is to create an AI that has all the knowledge it needs to be able to analyse camera images to classify the scrap steel being delivered to the site.

The Saarbrücken research team is also working with partners to outline a concept and compile recommendations for sustainable data centres and energy-efficient AI. ‘Up until now it has been difficult to estimate just how much energy is needed to create and operate an AI model. That makes it harder for businesses to plan ahead,’ explains PhD student Hannah Stein who is conducting research into these energy-efficient AI models. ‘We’re currently developing a tool that provides reliable forecasts of the energy consumed by and the costs associated with the different AI models,’ says Stein. Data centres and AI users can then use this information to plan more effectively, identify inefficient processes and take corrective action as necessary – for example, scheduling heavy computational loads at times when the price of electricity is low.

The research being conducted by Professor Wolfgang Maaß and his team was selected for the Federal Ministry for Economic Affairs and Climate Action's stand at this year’s Hannover Messe. The team will be presenting the latest results from the federally funded ‘ESCADE’ project, which is based at the German Research Centre for Artificial Intelligence DFKI.

Background:

ESCADE (‘Energy-Efficient Large-Scale Artificial Intelligence for Sustainable Data Centers’) is a three-year project with a budget of around €5 million being financed by the Federal Ministry for Economic Affairs and Climate Action (BMWK).

The project will run until the end of April 2026. The ESCADE consortium is made up of the research team headed by Wolfgang Maaß (Saarland University and DFKI), NT Neue Technologie AG, Stahl-Holding-Saar GmbH & Co. KGaA, SEITEC GmbH, Dresden University of Technology, the University of Bielefeld and the Austrian applied research institute Salzburg Research.
https://escade-project.de

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