Les rayons d’œufs restent désespérément vides dans de nombreux supermarchés français. Une situation qui perdure depuis plusieurs mois et s’est brutalement aggravée début 2026 avec les intempéries neigeuses, bloquant les transports. Pour faire face à cette crise multifactorielle (transition des élevages, hausse de la demande) la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a plaidé pour un assouplissement des normes afin de relancer la production.
Une rupture de stock qui devient structurelle
La « pénurie d’œufs » n’est plus un épisode ponctuel, mais un phénomène récurrent qui inquiète les consommateurs et paralyse une partie de la distribution. Selon les données de NielsenIQ, le taux de rupture des œufs a atteint 13,3 % en 2025, un chiffre vertigineux comparé au taux normal de 2 %. Si le Comité National pour la Promotion de l’Œuf (CNPO) évite officiellement le terme de « pénurie », la réalité dans les rayons, souvent à moitié ou totalement vides, parle d’elle-même.
La crise est le résultat d’une conjonction de facteurs défavorables. La filière est engagée dans une transition coûteuse et longue vers des modes d’élevage alternatifs à la cage, avec un objectif de 90 % de poules concernées. Les investissements nécessaires freinent temporairement la capacité de production. De plus, la demande ne cesse de croître : la consommation française, qui se situe entre 226 et 240 œufs par an et par habitant, a augmenté de 4 % en deux ans, portée par la recherche de protéines abordables face à la flambée des prix de la viande.
L’hiver 2026, le coup de grâce pour la logistique
Début janvier 2026, une nouvelle couche de difficultés est venue s’ajouter à ce tableau déjà sombre. Des intempéries neigeuses importantes ont perturbé les réseaux routiers, empêchant l’acheminement des œufs depuis les élevages jusqu’aux centres de distribution et aux supermarchés. « Les poules ont pondu, mais les œufs sont restés stockés dans les bâtiments », résume un reportage de TF1 Info, qui montre clairement un goulet d’étranglement logistique qui a rendu les ruptures de stock encore plus visibles et aiguisé la frustration des clients.
C’est dans ce contexte tendu que la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, est intervenue sur RMC. Son propos a donné une dimension politique et médiatique nouvelle à la crise.
Le plaidoyer de la ministre pour assouplir les règles
Face aux contraintes qui pèsent sur la production, Annie Genevard a pointé du doigt la réglementation environnementale. Elle a plaidé pour un assouplissement des normes concernant l’installation de nouveaux poulaillers, évoquant spécifiquement la loi Duplomb sur les ICPE (Installations Classées pour la Protection de l’Environnement).
« Il faut que les Français acceptent qu’on construise des poulaillers », a-t-elle déclaré, citée par Le Figaro. Son argumentation repose sur l’idée que les procédures administratives et les oppositions locales freinent les projets d’élevage nécessaires pour augmenter la production et sécuriser l’approvisionnement. Pour la ministre, rationaliser ces normes est une condition sine qua non pour sortir de l’impasse.
Quelles perspectives pour un retour à la normale ?
À court terme, un retour à un approvisionnement fluide dépendra principalement de facteurs conjoncturels : la fin des perturbations météorologiques et un meilleur contrôle de l’épizootie de grippe aviaire. Cependant, les acteurs de la filière et les observateurs sont unanimes pour souligner que des solutions structurelles sont indispensables.
La filière avicole a besoin d’investissements massifs et rapides pour moderniser les élevages et accompagner la transition vers le hors-cage. Sans cette accélération, les tensions sur l’approvisionnement pourraient perdurer, voire s’aggraver. La consommation continue en effet sa progression, et la dépendance aux importations, solution parfois évoquée, se heurte à des standards de production différents et à des coûts logistiques supplémentaires.
La crise des œufs dépasse ainsi la simple anecdote de rayon vide. Elle met en lumière les tensions profondes qui traversent le modèle agricole français, tiraillé entre des attentes sociétales fortes sur le bien-être animal et l’environnement, la nécessité de maintenir une production compétitive sur le territoire, et l’impératif de garantir la sécurité alimentaire à un prix accessible pour tous.











