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La qualité de l’air intérieur en France – acte 1

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Même si les problématiques de qualité de l’air intérieur a fait son apparition récemment auprès du grand public, il n’en reste pas moins que la très grande complexité technique du sujet souffre difficilement la simplification, et que les avancées en matière de qualité de l’air posent sans cesse de nouveaux défis.

Le constat de départ est simple : nous passons aujourd’hui 80 à 90 % de notre temps en intérieur. Un fait qui explique l’importance grandissante accordée à la surveillance de la qualité de l’air intérieur (QAI) de nos maisons. Il est ainsi souvent considéré que l’air dans nos maisons ou nos bureaux est plus pollué que celui que nous respirons à l’extérieur. « Tout dépend en fait de ce que l’on mesure. Mais il est clair que le cocktail de polluants en intérieur est plus varié et que les concentrations peuvent atteindre des niveaux élevés dans certaines conditions », précise Frédéric Taché, Consultant au sein de l’activité Chimie, Matériaux et Énergie d’Alcimed.

Historiquement à la traîne sur le sujet comparé aux pays nordiques et à l’Allemagne, les autorités sanitaires françaises ont pris le sujet en main au début des années 2000. La création de l’OQAI (Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur) en 2001 ou la constitution du réseau d’experts multidisciplinaire RSEIN ont considérablement structuré les efforts de recherche et de prévention. La problématique a donc progressivement gagné en visibilité auprès des professionnels et du grand public. On a ainsi pu voir se multiplier les études indépendantes, les communiqués alarmistes d’associations et réactions de particuliers inquiets. Celles-ci se focalisent sur une partie du problème – les émissions de substances chimiques généralement – au risque parfois de trop simplifier une problématique très complexe.

Comprendre les mécanismes de qualité de l’air demande en effet d’analyser 5 groupes de variables : le type de sources, la nature de polluants, la conception du bâtiment, les comportements humains et les symptômes résultants. La multiplicité des variables possibles et la complexité des interactions rendent difficile l’établissement de liens de causalité clairs, et encore plus difficile l’évaluation et la hiérarchisation des risques. « La difficulté technique et scientifique de la QAI peut parfois être sous-estimée. S’il est nécessaire d’établir des messages de prévention simple, comme le fait l’OQAI, il faut en revanche éviter les conclusions simplistes », explique Vincent Pessey, Responsable du pôle nanotechnologies de l’activité Chimie, Matériaux et Énergie d’Alcimed.

Aujourd’hui, les avancées significatives dans le domaine se font notamment au travers de projets européens de grande échelle. En 2005, après 2 ans de travaux impliquant de nombreux scientifiques et l’analyse de centaines de publications, le projet INDEX arrivait à une hiérarchisation des polluants d’origine chimique (sans inclure les particules fines ou microorganismes par exemple). Plus récemment, le projet EnVIE, regroupant des experts de tous les domaines concernés (médecins, chimistes, biologistes, physiciens du bâtiment, etc.), a produit un travail encyclopédique de classification des divers polluants et sources en fonction de leur impact sur la santé (leur « charge de morbidité »). Verdict : en moyenne, la plus néfaste source de pollution de l’air intérieur se révèle être l’air extérieur pollué (qui constitue logiquement la “base” de l’air intérieur), auquel viennent s’ajouter principalement l’humidité et les moisissures – susceptibles de créer des risques de maladies respiratoires – et les appareils à combustion – sources d’oxydes d’azote et de carbone. A noter que ce classement ne prend pas en compte les fumées de tabac, un problème majeur à elles seules.

Ces travaux doivent maintenant permettre de hiérarchiser les actions de santé publique au niveau politique. Pas seulement en termes d’émission de substances chimiques donc, mais en intégrant par exemple la gestion de l’humidité (ventilation, méthodes de construction, bonnes pratiques quotidiennes, etc.) ou encore le rôle de l’enveloppe du bâtiment comme protection contre la pollution extérieure, notamment les particules fines. Un autre vaste chantier qui concernera l’ensemble des parties prenantes : autorités publiques et associations bien sûr, mais aussi l’ensemble des acteurs du bâtiment.


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    2 Commentaires sur "La qualité de l’air intérieur en France – acte 1"

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    Pastilleverte
    Invité
    et donc nulle part le CO2, pourtant déclaré nocif par l’EPA américain, mais que fait M Hortefeux ? C’est bizarre, que quand on s’éloigne de la pensée unique climato-Dioxyde de carbone, la pollution, la « vraie » (celle qui dérange, « inconvenient » en Al Gore dans le texte…), (re) devient, par exemple les particules fines, c’est à dire pour beaucoup émises par les Diesel (champions de l’écologie si on en croit les bonus du même nom), les feux de biomasse et en particulier de bois, par ailleurs meilleur ami de l’homme pour le stockage de « qui-vous-savez », par ailleurs responsable (le bois, pas « qui… Lire plus »
    Poule
    Invité

    Après avoir un peu lutté pour trouver une machine efficace, je viens de m’équiper d’un Takkair de la marque Air Sur, car vraiment flippant de savoir que l’air intérieur est 15 à 20 fois plus pollué que l’air extérieur. Et bien, cela semble super efficace… Asthmatique, j’utilise de moins, voir pas, mon aérosol à la maison et je suis rassurée pour mes enfants… mais à quand un équipement dans les écoles, les bureaux??

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