Pourquoi la “croissance” ne reviendra pas…

Je n’ai ni la prétention de faire un cours d’économie, ni celle de savoir comment redresser la France dans les 2 ans à venir. En revanche, je dresse un constat relativement simple, que beaucoup ont déjà eu l’occasion de dresser avant moi : le PIB d’un pays comme la France ne pourra pas éternellement croître. Dit autrement, la "croissance", celle qui ponctue depuis des décennies le discours de nos dirigeants, ne peut plus être présentée comme alpha et l’oméga de notre société. Les raisons à cela sont nombreuses mais citons-en au moins quelques unes, en lien avec la transition énergétique vers laquelle le nouveau gouvernement français a promis de s’engager.

La première raison est d’ordre physique. Jean-Marc Jancovici en a fait un de ces sujets d’intervention favori : l’énergie étant le moteur de la croissance économique mondiale depuis plus d’un siècle, il y a forcément un moment où cette croissance marquera le pas, surtout le jour où l’humanité devra se résoudre à se passer des énergies fossiles (et fissiles). Dit autrement, la raréfaction et surtout le renchérissement des ressources énergétiques fossiles devraient durablement ralentir les flux de matière et d’énergie prélevés dans les éco-systèmes terrestres. Or, c’est bien l’augmentation de ces flux qui a permis la création de richesse dans la plupart des pays développés du globe.

Pour contrer cette réalité, certains seront tentés de répondre qu’il suffit de substituer les énergies fossiles par les énergies renouvelables. Sauf qu’à ce jour, pas un seul grand pays industrialisé n’a réussi à en faire la démonstration et qu’il y a fort à parier que cela reste vrai encore un petit moment. Pourquoi ? Parce que les énergies renouvelables n’ont pas vocation à remplacer à l’identique les énergies fossiles tels que le pétrole, le gaz ou encore le charbon. De plus, dans un monde privé de pétrole bon marché, il devient économiquement plus rentable de favoriser la sobriété et l’efficacité des usages de façon beaucoup plus forte que ce que nous avons fait jusqu’à maintenant.

Parmi les autres ressources naturelles qui vont contraindre les pays développés – en tête desquels les pays d’Européens1 – à inventer de nouveaux modèles de croissance, citons l’eau ou encore le foncier. En France, l’urbanisation effrénée de ces 30 dernières années s’est traduit par une augmentation sans précédent de l’artificialisation des sols (+70%!). Outre la perte de biodiversité qui en résulte, les économistes (ainsi que certains décideurs plus visionnaires que d’autres…) commencent à s’inquiéter des conséquences à long terme de cette urbanisation peu soutenable. Pour que croissance durable il puisse y avoir, commençons par apporter la preuve que cette croissance peut se faire à étalement urbain constant. C’est un des objectifs proposés par plusieurs ONG françaises pour l’horizon 2020. Un sujet jusqu’ici totalement tabou qui devrait pourtant rapidement s’installer dans le débat public à l’instar de la transition énergétique réclamée par les mêmes ONG depuis quelques temps déjà… Car ça n’est pas lorsque la France sera amputée de la moitié de ses précieuses terres agricoles qu’il faudra commencer à s’inquiéter de notre souveraineté alimentaire à long terme.

La 2ème raison pour laquelle, la toute puissante « croissance » ne reviendra pas, c’est la prise de conscience citoyenne et l’évolution des modes de consommation qui en résulte. Une évolution certes assez lente, mais qui pourrait rapidement s’accélérer au fur et à mesure des bénéfices que les jeunes générations seront capables d’en tirer. Prenons l’exemple de l’automobile : un jeune citadin de 23 ans vous le dira mieux que n’importe qui « posséder, c’est dépassé ! ». Dès lors, inutile d’être un fin économiste pour anticiper la baisse inéluctable des dépenses générées jusqu’à maintenant par l’automobile au profit de beaucoup d’autres alternatives de transport beaucoup sobres et économes en ressources naturelles. Moins de consommation, moins de gaspillage (prime à la casse…), moins de PIB et donc moins de « croissance ». Et pourtant au final, un service rendu aussi satisfaisant sinon meilleur grâce à l’explosion de la consommation collaborative et des plateformes d’auto-partage, symbole du « faire plus avec moins ».

Des exemples de cette nature, on pourrait en citer par centaine. Dans le secteur agro-alimentaire par exemple, l’explosion des circuits-courts ou encore celle des produits issus de l’agriculture biologique conduit déjà les consommateurs et les producteurs à réfléchir différemment, favorisant ainsi le « consommer mieux pour consommer moins ».

La 3ème et dernière raison que je voudrais citer ici, c’est l’indispensable rééquilibrage des richesses mondiales, qui n’est en réalité qu’une conséquence indirecte des deux premières raisons précédemment citées. Sans doute la plus urgente si l’on veut tenter d’apaiser indirectement les tensions croissantes entre les peuples et préserver la paix dans le monde.

1 deux raisons majeures à cela : 1. la relative volonté politique d’européenne d’aller vers un nouveau modèle de croissance ; 2. les faibles ressources énergétiques dont dispose l’Europe comparativement à l’Amérique du Nord ou aux puissances émergentes (BRIC, Afrique du Sud, Amérique Latine…).

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Guillaume Porcher

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