E.ON : “l’éolien off-shore n’est pas l’éolien on-shore”

Luc Poyer, président du directoire d’E.ON France était présent le 19 février à l’émission « Green Business », de BFM radio et devait répondre à la thématique posée : Quand on est un grand opérateur allemand, quelles peuvent être les atouts de la France en matière d’énergies renouvelables ?

Voici quelques extraits tirés de l’interview :

Nathalie Croise
: Vous êtes le président du directoire d’E.ON France. Alors je parlais justement du rôle que pouvait jouer un acteur comme E.ON : il faut quand même savoir que c’est le troisième opérateur multi-énergies en France. A t’il vraiment une place à jouer ?
Luc Poyer : Tout à fait. C’est à la fois un acteur français, un acteur européen. On est l’un des tout premiers acteurs avec des origines allemandes, mais développé dans toute l’Europe. Et on est aussi un acteur historique, puisqu’on est présent en France, à travers notre filiale SNET de production, depuis maintenant près d’un siècle.

Nathalie Croise : Vous avez aussi un rôle à jouer, en ce qui concerne le renouvellement des concessions hydrauliques. Pourquoi y a t’il autant d’acteurs ?
Luc Poyer : Eh bien parce que l’énergie hydraulique présente la caractéristique d’être une énergie renouvelable, la première d’entre elles, celle sur laquelle se sont bâtis les systèmes électriques. Elle est propre, donc ça c’est une première caractéristique. La deuxième c’est, à la différence justement d’autres énergies renouvelables : il y a des moyens de stockage, ce qui est tout à fait unique, ce qu’on ne trouve pas avec l’énergie solaire ou l’énergie éolienne. Et donc, l’engouement de tous les producteurs qui veulent décarboner leurs productions, mais aussi avoir des moyens de stockage, s’explique ainsi.

Nathalie Croise
: La concurrence va être rude, selon vous ?
Luc Poyer : La concurrence va être très rude, et c’est tant mieux ! C’est une très saine émulation sur le marché français. Les barrages français ont une histoire ; il y a certainement des choses à améliorer sur l’ensemble du dispositif, et il faut espérer donc qu’il en sorte des améliorations. Donc, E.ON se positionne comme un acteur européen – il n’est pas le seul. Il présente quand même des caractéristiques assez uniques, puisque nous sommes déjà producteurs en France, nous avons des employés qui sont au statut dit des industries électriques et gazières. Et donc nous connaissons ce pays, en plus des caractéristiques que nous avons, notamment celle d’être très… étant un acteur d’origine allemande, mais aussi présent en Scandinavie, en Espagne et en Italie, très axé sur la sécurité et la protection de l’environnement.

Nathalie Croise
: Oui, parce que vous avez véritablement un savoir-faire en Allemagne, et E.ON peut l’apporter justement en France ?
Luc Poyer : Un double savoir-faire, sur le stockage. Nous avons renforcé nos moyens de stockage en Allemagne, récemment, dans notre centrale qui s’appelle Waldeck, qui est une station de pompage. Donc, très simplement, pour les auditeurs, çela consiste, quand l’électricité n’est pas chère, on pompe l’électricité dans un réservoir en altitude, et quand l’électricité est chère, quand il y a ces besoins de pointe, par exemple le matin ou l’après-midi, on fait turbiner l’eau, et là donc on a un moyen de stockage économique, et sans produire de CO2.

Nathalie Croise
: Et en Allemagne aussi, on est prêt à accueillir ?
Luc Poyer : et en Allemagne aussi on a accueilli des acteurs étrangers, et E.ON lui-même a cédé, l’année dernière encore, plusieurs centaines de mégawatts d’hydroélectricité à des acteurs autrichiens, scandinaves et français. Et donc, il est tout à fait normal qu’en France aussi le même processus se déroule, là encore pour le bénéfice de tout le monde, l’amélioration de la sécurité, de la production et de l’environnement.

Nathalie Croise : Il faut aussi que la France s’y mette progressivement (à la concurrence) !
Luc Poyer : Et il faut qu’on fasse aussi beaucoup de pédagogie, c’est tout à fait normal.

Nathalie Croise
: L’objectif, c’est pour quand ?
Luc Poyer : On attend la finalisation du calendrier par les pouvoirs publics. Ça devrait commencer à la fin du premier semestre, avec des vallées pyrénéennes ; et ensuite, ça doit s’étaler sur cinq ans, avec d’autres vallées. Donc, c’est des enjeux de plus en plus importants, des regroupements par vallées, dans les cinq ans qui viennent, à hauteur de 5.000 mégawatts, soit à peu près un quart de la capacité de production hydroélectrique française.

Nathalie Croise : On parle de l’hydraulique, et pour ce qui concerne les autres énergies renouvelables, est-ce que E.ON a aussi des ambitions ?
Luc Poyer : On a de très grandes ambitions. Je ne reviendrai pas sur l’importance des énergies renouvelables en Allemagne, on a un savoir-faire tout à fait unique, on a développé dans le solaire, dans l’éolien. Peut-être effectivement, dans l’éolien off-shore, qui aujourd’hui n’existe pas en France, nous sommes le leader européen, avec des parcs en Grande-Bretagne, dans la Baltique, en Mer du Nord. Et nous regardons avec beaucoup d’attention ce qui va se passer en France, et je pense qu’effectivement c’est un très gros enjeu, sachant que la France a développé de l’éolien on-shore, qui est un marché qui aujourd’hui arrive à maturité en France.

Nathalie Croise : Oui, surtout qu’il va falloir là encore faire un travail de pédagogie, parce que c’est vrai que l’on sent aussi qu’il y a une orientation du côté des groupes français. Là aussi, c’est difficile encore d’ouvrir à l’extérieur !
Luc Poyer : Vous avez tout à fait raison. On attend des autorités françaises, et de toute la communauté française, qu’elles soient attentives à laisser ses chances aux autres acteurs européens. Je ne pense pas qu’un pays comme la France puisse développer ça sur ses seules forces et moyens financiers. Il y a des choses à apprendre, l’éolien off-shore n’est pas l’éolien on-shore ; c’est beaucoup plus difficile, et on a des surprises – la mer n’est pas la terre. Et donc il faut absolument qu’on arrive à bénéficier d’expériences de ce qui s’est passé dans les autres pays européens.

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3 Commentaires sur "E.ON : “l’éolien off-shore n’est pas l’éolien on-shore”"

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edc10
Invité

… et arrêtez avec votre “concurrence”. EDF ça marchait très bien sans cette europe débile de la concurrence. Donc restez chez vous. On a suffisamment de matière grise et de temps devant nous pour ne pas céder à votre urgence organisée uniquement pour nous forcer à acheter à prix d’or vos éoliennes, et à financer à prix d’or un courant acheté beaucoup plus cher.

Rice
Invité

Vous avez dit paillasson ? A non alors, la France n’est pas un paillasson ! Tout juste une poubelle (atomique…). Merci EDFAREVACEAALSTHOM&CIE

Dan1
Invité
Pour Rice : Plus la critique est virulente et outrancière et moins elle est audible et crédible. Qui voulez-vous discréditer ? Il en va des mots comme des radiations nucléaires, c’est la dose qui fait le poison. Mais bon, on apprend tout de même que plus de 60 millions de personnes vivent dans une grande poubelle que beaucoup nous envient. Par exemple, en ce moment le paradoxe insoutenable veut que des milliers de gens fuyant la nouvelle démocratie non contaminée au Maghreb essayent d’accéder à notre poubelle. Le pire est que cette toute nouvelle liberté a été souvent possible et… Lire plus »
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