L’humanité ne doit pas consommer plus du quart des réserves fossiles

La première étude, réalisée par une équipe de recherche internationale – Royaume-Uni, Suisse et Allemagne – dont les travaux ont été publiés dans la revue scientifique britannique Nature le 29 avril, a tenté d’estimer pour la première fois quel volume d’émissions de gaz à effet de serre peut être injecté dans l’atmosphère d’ici la moitié du siècle pour garder un climat gérable.

La communauté internationale s’est accordée sur un maximum de 2°C supplémentaires par rapport aux niveaux pré-industriels, mais pour les petits états insulaires, menacés par la montée du niveau des océans, il faudrait limiter la hausse à +1,5°C. "Si vous voulez réellement limiter le risque d’excéder les 2°C de réchauffement mondial, le volume total de CO2 pouvant être relâché dans l’atmosphère au cours de la première moitié du siècle doit rester sous les 1.000 milliards de tonnes", a expliqué le Dr Malte Meinshausen, du Postdam Institute for Climate Impact Reasearch.

Pour l’ensemble des gaz à effet de serre couverts par le Protocole de Kyoto, ceci représente environ 1.500 milliards de t équivalent CO2, précise-t-il. "Cela peut sembler beaucoup, mais nous avons déjà émis un tiers de ce volume en neuf ans, entre 2000 et 2009", rappelle-t-il.

Sans accord climatique fort, les 2°C supplémentaires auront été atteints dès le milieu du siècle, selon les auteurs. Si les émissions dépassent ces 1.500 milliards de t de CO2eq d’ici 2050, la probabilité de limiter le réchauffement à +2°C sera d’une sur quatre, "quoi que vous fassiez ensuite" pour limiter les émissions, insiste le Dr Meinshausen. La conclusion de cette étude s’adresse en priorité aux négociateurs de l’accord de Copenhague, qui doit être conclu en décembre afin de garantir une suite au Protocole de Kyoto dont les premiers engagements expirent en 2012.

Selon cette étude, si aucune politique énergique de réduction des GES n’est mise en application (rouge) et la température moyenne mondiale dépassera à coup sur les deux degrés d’ici 2050. Deuxième scénario : une l’action forte est entreprise pour réduire des émissions (bleues) et le risque de dépasser les deux degrés est réduit à 25 %.

L’étude montre qu’il est absolument indispensable de limiter à 1000 milliards de tonnes la quantité de CO2 émise d’ici 2050 et de tendre ensuite vers leur suppression progressive d’ici la fin du siècle. Cela suppose une réduction des émissions de gaz à ’effet de serre de 70 % d’ici 2050, par rapport au niveau de 1990.

Une autre étude américaine du NCAR (National Center for Atmospheric Research), publiée le 14 avril, vient confirmer qu’une réduction de 70 % des émissions de gaz à effet de serre, et surtout de CO2, durant ce siècle, serait suffisante pour sauver les glaces de l’Arctique et éviter les conséquences les plus désastreuses du réchauffement climatique.

Le réchauffement dans l’Arctique serait ainsi réduit quasiment de moitié, ce qui aiderait à préserver les pêcheries et les populations d’oiseaux marins et d’animaux polaires, comme les ours blancs, notamment dans le nord de la mer de Béring, estiment ces chercheurs.

Bien que la température continuerait d’augmenter, les aspects potentiellement les plus dangereux du changement climatique (fonte de la calotte glaciaire, réduction du permafrost, montée du niveau des océans) pourraient être partiellement évités, explique Warren Washington, chercheur au NCAR (National Center for Atmospheric Research), principal auteur de cette étude.

"Ces travaux montrent que nous ne pouvons plus éviter un réchauffement important de la planète au XXIe siècle", relève Warren Washington, qui s’est basé sur plusieurs modèles informatiques. "Mais si le monde parvenait à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans cette proportion (70 %), nous pourrions stabiliser la menace présentée par le changement climatique et éviter une catastrophe", juge-t-il.

La température moyenne du globe a grimpé de près d’un degré Celsius depuis l’ère pré-industrielle (milieu du XIXe siècle). Ce réchauffement est notamment dû aux émissions de gaz à effet de serre, et surtout au dioxyde de carbone (CO2), rappelle l’étude.

Les gaz à effet de serre dans l’atmosphère sont par ailleurs passés de 284 parties par million (ppm, une unité de mesure) au milieu du XIXe siècle, à plus de 380 ppm aujourd’hui. Les dernières recherches indiquent qu’un accroissement supplémentaire d’un degré Celsius de la température pourrait déclencher un changement climatique dangereux.

Pour leur étude, ces climatologues ont retenu l’hypothèse que le taux de CO2 dans l’atmosphère pourrait être plafonné à 450 ppm à la fin du siècle, un niveau réalisable si les mesures d’économie d’énergie et le développement de technologies vertes sont rapidement mis en oeuvre.

Les résultats de leur recherche montrent qu’avec un taux de CO2 limité à 450 ppm, les températures augmenteraient en moyenne de 0,6 degré Celsius au-dessus de leur niveau actuel d’ici la fin du siècle. En revanche, si rien n’est fait, la concentration de CO2 atteindra 750 ppm d’ici 2100, selon les projections, avec des conséquences dramatiques (Voir étude UCAR).

Les simulations informatiques du NCAR montrent en effet l’évolution des températures moyennes sur Terre entre les périodes 1980-1999 et 2080-2099 si les émissions de gaz à l’effet de serre continuent à progresser au rythme actuel ou si l’on parvient à réduire ces émissions de 70 %.

Dans le premier scénario, le réchauffement moyen dépasse les 3°, avec des conséquences désastreuses pour la planète. Dans le scénario d’une baisse de 70 % des GES, le réchauffement est contenu en dessous des 2°.

Ces deux études remarquables par leurs résultats convergents montrent qu’il va falloir diviser au moins par trois nos émissions mondiales anthropiques de GES d’ici 2050 et passer de 9 gigatonnes à 2,7 gigatonnes de carbone par an d’ici 2050, si nous voulons éviter un dérèglement irréversible et catastrophique du climat de la planète. Compte tenu de l’évolution démographique mondiale (nous allons passer de 6,7 à 9 milliards de terriens d’ici 2050), cela signifie que chaque terrien va devoir diviser par quatre ses émissions de GES d’ici le milieu du siècle et par cinq d’ici 2100.

Le défi est immense pour l’humanité mais pas hors de portée : comme l’ont montré plusieurs études récentes privées émanant à la fois des meilleurs cabinets privés et des instances internationales et européennes, nous pouvons y parvenir, en y consacrant entre 0,5 et 1 % du produit mondial brut par an -de l’ordre de 200 à 300 milliards de dollars par an- et en utilisant simplement toutes les technologies disponibles aujourd’hui, combinées avec une mutation de nos sociétés en matière d’efficacité énergétique et d’organisation socio-économique et à l’émergence de nouvelles instances de gouvernance mondiale.

Le « paquet climat-énergie », adopté en décembre 2008 par l’Union européenne et le changement de politique de l’administration Obama représentent des avancées majeures et porteuses d’espoir vers une prise de conscience planétaire mais il faudra bien d’autre pas similaires et surtout des modifications profondes de nos modes de vie pour éviter à notre planète une catastrophe climatique aux conséquences inimaginables. Si nous le voulons et si nous parvenons à vaincre les égoïsmes et les conservatismes de toute nature, nous pourrons, tous ensemble, surmonter ce défi sans précédent dans notre longue histoire.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Tregouët

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