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Quel avenir pour le bio ?

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Et de donner quelques différences caractéristiques, sur les poires ou les tomates, ou les oeufs. La différence dans l’absolu en centimes d’euros n’est pas extraordinaire par exemple entre les oeufs standard à 0.99 les six ou les oeufs bio pondus par des poules en liberté à 1.66 euros et c’est ce qui fait que nous les achetons, mais à la fin du mois sur le budget achat ca fait quand même pour une famille moyenne une soixantaine d’euros qui sont pris sur le pouvoir d’achat familial. Au point qu’une vieille dame interviewée sur un marché rural commentait que c’étaient des produits pour les "riches", ces fameux riches auxquels nos journalistes dans l’air du temps semblent appartenir.

Il y a des raisons techniques à ces surcouts. C’est que les rendements des produits bio sont nettement inférieurs à ceux des produits élevés dans l’agriculture intensive actuelle. L’absence d’utilisation des engrais,pesticides,ou désherbants se traduit par davantage de travail manuel pour pallier à ce que le produit chimique ne fait plus et par des produits à l’apparence moins parfaite dont il faut éliminer les moins beaux produits. A quoi bon en effet transporter des pommes à l’aspect imparfait si ces défauts d’aspect les empêcheront de se vendre à des consommateurs habitués (trop) à des produits à l’apparence parfaite?

Il y a une raison " marketing" également à cette différence. Quand vous montez en gamme de produits, dans tous les produits et les pays du monde, vous répercutez la hausse du cout de production mais également vous prenez une marge plus importante. Parce qu’il y a moins d’offre et donc de concurrence à de ce niveau de gamme de produit et parce que l’acheteur est censé être moins regardant sur les prix car plus motivé à l’acheter ou plus à l’aise financièrement. C’est le mode de fonctionnement de l’économie de marché! Celui qui achète des oeufs bio pondus par des poules en liberté est également le client potentiel de Mercedes ou de BMW.

Effet pervers signalé dans cette enquête, les produits bio sont plus largement importés que les produits de l’agriculture conventionnelle. Parce que la production de produits bio en France a de la peine à suivre l’évolution de la demande d’abord. Manque de dynamisme ou peur de se lancer sur ces produits chez nos producteurs, peut être? Mais aussi parce l’apparition de ce nouveau marché a attiré l’intérêt de nombreux pays émergents qui arrivent à produire moins cher que les producteurs français. L’impact du cout de la main d’œuvre 100 fois moins couteuse qui vient compenser et au delà le coût du transport. Étonnant mais vrai. Sur les exemples de l’enquête auquel je fais référence, la différence entre produits bios et conventionnels aurait dépassé les 67 % si on avait pris en compte seulement les prix de certains produits bio "made in France" au lieu de celui de produits importés. C’est le cas de fruits en particulier.

Un choix d’autant plus pervers que l’importation de ces fruits et légumes du Chili, du Kénya ou des Caraibes se traduit par des émissions de CO2 importantes liées à leur transport.

Quelles conclusions tirer de ces constatations? C’est qu’en même temps qu’il y a une demande qui s’est crée pour ces produits pour de bonnes raisons, les produits bio ne sont pas aussi verts que l’on veut bien nous le faire croire.Et qu’il est donc nécessaire de donner au consommateur l’information sur les éléments écologiques de la production ou du transport du produit considéré. C’était parait il prévu dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Sans doute attend on toujours les décrets d’application ! C’est pourtant urgent, si l’on veut répondre à l’attente légitime du consommateur, de faire en sorte qu’il achète vraiment un produit dont le cycle de production soit le moins nocif possible pour l’environnement sous tous les aspects possibles, y compris les émissions de CO2 associés.

Autre constatation, c’est que le produit bio ne pourra jamais être réellement compétitif sur le plan du prix du produit à la vente du fait de son handicap de rendement et de la moindre mécanisation de sa production. Il prendra sa place sur le marché mais ne dépassera pas les vingt/trente % (?) de ce marché pour cause de cout supérieur à la production classique ou de manque d’intérêt pour ces produits pour certains clients.

Reste que le principale question sur l’avenir des produits bio réside dans leur capacité à répondre à l’accroissement des besoins à l’horizon de 2050 quand nous serons 9 milliards d’êtres humains à nourrir sur la planète. Peut être le bio sera t il une bulle temporaire et limitée aux pays industrialisés jusqu’aux années 2035/2040 avant de décroitre à nouveau en faveur d’une agriculture ultra intensive pour nourrir la planète?

[ Archive ] – Cet article a été écrit par CaDerange


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