Une proposition de loi, portée par la droite, vise à suspendre temporairement plusieurs aides sociales pour les personnes condamnées pour des violences commises lors de rassemblements. Le texte, qui s’inscrit dans un débat plus large sur la conditionnalité des aides, sera examiné à l’Assemblée nationale le 22 janvier.
Le débat sur le lien entre droits et devoirs dans l’accès aux prestations sociales s’invite à nouveau au Parlement. Une proposition de loi, déposée par le député Corentin Le Fur (Droite républicaine), prévoit la suspension temporaire du revenu de solidarité active (RSA), des aides personnalisées au logement (APL) et d’autres allocations pour les individus condamnés pour violences lors de manifestations. Inspirée d’un principe « casseur-payeur », cette mesure, qui sera débattue le 22 janvier prochain, suscite déjà de vives réactions. Elle reflète à la fois l’inquiétude et l’intérêt qu’elle génère dans l’opinion publique.
Une mesure ciblée issue de la « niche parlementaire » de la droite
Le texte législatif trouve son origine dans la « niche parlementaire » du groupe Les Républicains. Examen en commission des lois le 14 janvier dernier, il est officiellement inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale pour le 22 janvier 2026. Son objectif est clair : étendre le champ des sanctions existantes. Actuellement, une fraude avérée peut entraîner la suspension du RSA. La nouvelle proposition vise à y ajouter la condamnation pour « exactions » commises contre les institutions, les forces de l’ordre ou les biens publics et privés lors de manifestations ou de rassemblements.
Le député Corentin Le Fur justifie cette initiative par la nécessité d’un « rééquilibrage ». Dans des propos relayés par plusieurs médias, il estime qu’il est temps d’instaurer une «logique de responsabilité ». « Le principe est simple : celui qui s’attaque aux symboles de la République ou met en danger la vie d’autrui lors d’un rassemblement public ne peut bénéficier dans le même temps de la solidarité nationale sans condition », a-t-il déclaré. La mesure s’inspire explicitement d’événements récents ayant marqué l’actualité, comme Les violences en marge de la victoire du PSG en Ligue des champions le 31 mai 2025 avaient conduit à plus de 500 d’interpellations.
Quelles aides sont concernées et pour combien de temps ?
La portée de la proposition est large. Elle ne se limite pas au seul RSA. Sont également dans le collimateur les APL, les allocations familiales, mais aussi MaPrimeRénov, les bourses étudiantes et certaines aides à la mobilité. En somme, la plupart des aides sociales conditionnées au revenu fiscal de référence pourraient être suspendues. L’enjeu financier pour les ménages concernés est substantiel, pouvant représenter, selon les configurations familiales, plusieurs centaines voire plusieurs milliers d’euros de pertes annuelles.
La suspension serait temporaire et proportionnée à la gravité des faits. Le texte prévoit une durée maximale d’un an. Les auteurs de la proposition insistent sur le caractère non définitif de la mesure, voulant éviter toute logique d’exclusion pure et simple. « Il ne s’agit pas de couper définitivement les aides, mais d’appliquer une sanction temporaire qui fasse sens avec l’acte commis », peut-on lire dans l’exposé des motifs. Les modalités pratiques de déclenchement de cette suspension restent à préciser dans le texte final.
Un débat qui dépasse le cadre législatif
La proposition touche à des questions fondamentales et profondément clivantes : la nature de la solidarité nationale, la conditionnalité des aides sociales et la réponse pénale à apporter aux violences urbaines. D’un côté, ses partisans y voient un outil nécessaire de dissuasion et de justice, un moyen de faire respecter l’ordre public. De l’autre, ses détracteurs redoutent une pénalisation de la pauvreté et une mesure potentiellement contre-productive, qui pourrait précipiter des personnes déjà fragiles dans une spirale d’exclusion.
Comme le relève un article de Capital, cette proposition « marque une étape dans le débat sur la conditionnalité des aides sociales ». Elle intervient dans un contexte où le lien entre allocation des prestations et comportement des bénéficiaires est de plus en plus discuté sur la scène politique. Si le texte est adopté le 22 janvier, son application ne serait pas immédiate en 2026, le temps de la mise en œuvre des décrets d’application. Son avenir juridique pourrait également être incertain, certains juristes anticipant déjà des contestations devant le Conseil constitutionnel, notamment sur le principe de proportionnalité de la peine.
Quoi qu’il en soit, le débat parlementaire du 22 janvier s’annonce animé. Il cristallisera des visions opposées de la cohésion sociale et de l’État-providence.











